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jeudi 26 mars 2009 - 07:58 EDT

Scandale au Maroc : un cinéaste lève le voile sur l'amour

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par AFL Editorial Source: rue89.com
Category(ies):Société
Region(s): Afrique
Country(ies): Maroc
Le film « Amours voilées » provoque la colère des islamistes au Maroc. En cause : une histoire mêlant sentiments et religion. Autrement dit : comment sexe et voile peuvent faire bon ménage. Explosif.

    Aziz Salmy ne pensait pas provoquer une telle levée de boucliers. Pour le réalisateur marocain, son premier long-métrage « Amours voilées » ne devait raconter que les histoires d'amour de la jeunesse de son pays. Là où sexe et voile font bon ménage. 

    Mais depuis que le film d'Aziz Salmy est sorti début février sur les écrans marocains, les islamistes ont lancé des appels au boycott et à son interdiction. Pour eux, il nuit à l'image de l'islam. Le député Abdelbari Zemzmi a même déposé une motion au parlement pour retirer le visa d'exploitation du film.

    Pour cet islamiste influent, « Amours voilées » souille la religion. Il ne supporte pas que des filles voilées fument du narguilé, se déshabillent, enlèvent leur voile en public, fassent l'amour... Loin de l'image d'une sainte qui porte un signe religieux sur la tête, un symbole.

    Ce n'est pas la première fois qu'un film algérien ou marocain fait scandale. « Bab El Oued City » du réalisateur Merzak Allouache, « Délice Paloma » de Nadir Moknèche et « Marock » de Laïla Marrakchi ont déjà défrayé la chronique en montrant des jeunes filles très occidentalisées. Des films souvent délicieux avec des personnages féminins dont le voile cache des histoires torrides. Un thème qu'évite soigneusement le cinéma égyptien qui domine la scène arabe. Pour les réalisateurs du Caire, le hidjab est tabou :  les actrices voilées sont invisibles sur les écrans égyptiens. Les cinéastes savent que les muftis de la vénérable Université d'Al Azar et les frères musulmans ne les lâcheraient pas. Dans ces conditions, Aziz Salmy mérite l'Oscar du courage... Interview.

    Sid Ahmed Hammouche :  Votre film « Amours voilées » suscite la polémique au Maroc. Au point que des islamistes veulent interdire sa diffusion. Pourquoi ?

    Aziz Salmy :  Je suis très surpris par la virulence des réactions de certains religieux au Maroc. Les islamistes affirment qu'« Amours voilées » est une transgression de la religion. Dans la mesure où il révèle le corps. Or dans mon film, je parle des femmes marocaines qui tentent de concilier leur vie sentimentale et leur vie religieuse, entre modernité et conservatisme, entre le divin et le charnel.

    Craignez-vous la censure ?

    Il faut se battre contre cela. Mais je suis optimiste. Le Maroc est un Etat de droit et les autorités marocaines ont donné le visa d'exploitation à mon long-métrage. Je ne vois pas pourquoi ils le retireraient aujourd'hui. Les gens qui veulent censurer mon film parce qu'il parle du foulard et de la sexualité jugent qu'il porte atteinte à l'islam. Comme si l'islam n'était pas une religion où l'on peut faire l'amour. Mais ce qui me fait sourire, c'est que mes censeurs n'ont même pas vu le film.

    Que voit-on dans « Amours voilées » ?

    Ah mon Dieu ! On voit de belles choses et de belles filles même si elles sont voilées. Mon film dérange parce qu'on peut voir la réalité telle qu'elle est. On a l'habitude de rencontrer des femmes voilées et sexy dans les rues de Casablanca.

    Où est le problème ?

    Dans mon film, je grossis la chose. Je montre que le voile cache une véritable caverne d'Ali Baba. Et c'est cela qui fait peur. Le cinéma nous renvoie notre image. Pour certains, c'est insupportable. Et pour eux, une femme qui a des relations sexuelles sans être mariée est une prostituée.

    Comment a été lancée la campagne de boycott de votre film ?

    Il suffit de lancer une fatwa sur le Net pour que le feu prenne vite. Deux ou trois personnes n'ont pas aimé le film et ont distribué des tracts pour l'interdire. Puis des politiciens islamistes ont condamné mon œuvre. Dans certains pays arabes, des intégristes demandent la punition suprême pour moi alors que mon film n'a jamais été projeté chez eux.

    Pourtant vous ne racontez qu'une histoire d'amour.

    Elle aurait pu passer comme une lettre à la poste, s'il n'y avait pas le voile. Mon film a pourtant pour ambition de lever le voile sur la frange des trentenaires qui ont réussi socialement. Elles restent tiraillées entre leurs ambitions professionnelles et la tentation d'une vie familiale bien rangée.

    Comme Batoul, l'héroïne du film, médecin de 28 ans, issue d'une famille bourgeoise conservatrice, qui découvre l'amour en la personne du bel Hamza.

    Elle se laisse prendre dans le tourbillon de l'amour, se donnant pour la première fois à un homme au mépris des conventions sociales. Je présente aussi un groupe de filles, style « Sex and the city » à la sauce marocaine. Elles sont cinq, belles, magnifiques, cadres, intelligentes avec des carrières bien entamées ;  docteur, juriste... Elles sont modernes et pétillantes. Certaines sont voilées, d'autres pas...

    Mais il leur manque, dans leur émancipation, une chose essentielle :  un homme.

    Exactement. Mes actrices s'assument très mal et elles souffrent de ne pas pouvoir fréquenter librement les hommes. Et comme elles ont une trentaine d'années, elles pensent qu'elles doivent bouger et traverser leur désert sexuel. Surtout qu'elles ont sacrifié leur vie amoureuse pour faire des études et réussir dans un monde de machos. Elles se rendent compte qu'elles sont indépendantes et refusent que le choix de leur partenaire soit imposé par la famille.

    Le début du marathon pour trouver le mari idéal ?

    Certaines protagonistes optent pour le foulard pour attirer les prétendants. Et ça marche, les hommes tombent comme des mouches dans le voile alors qu'il cache bien des mystères. Batoul par exemple se trouve coincée entre son désir charnel et le désir divin. Et ce qui complique mon film, c'est que son amant est un homme qui sort d'un divorce et qu'il n'est pas prêt à s'engager pour épouser Batoul.

    Pourtant elle porte le voile...

    Porter le voile est devenu une mode. Les filles le portent comme un accessoire de mode. D'autres pour draguer, certaines par conviction religieuse. Aujourd'hui, les boutiques islamiques fleurissent et proposent une panoplie de foulards. Autant dire que c'est complètement hypocrite de s'offusquer que j'utilise des actrices voilées dans mon film. Ce bout de tissu n'est le symbole de rien. Il n'est en rien sacré. C'est comme si une fille qui met ce bout de chiffon devenait une sainte. Or l'habit ne fait pas le moine et le foulard ne fait pas la bonne musulmane. Je connais beaucoup de Marocaines qui se drapent de foulard et qui cachent mille et un flirts. Ce n'est pas un crime, c'est juste la vie.

    En plus le voile n'est pas triste...

    Il est moulant, fuschia, bleu ciel, griffé Bulgari, Dior. Nos intégristes ne supportent pas la modernité. Et ils sont piégés par leur propre jeu. Ils militent pour la généralisation du voile pour les femmes. Mais quand elles le réinterprètent, ils ne supportent pas.

    Comment marche votre film ?

    Les chiffres de fréquentation sont excellents. C'est presque les « Ch'tis » du Maroc. J'ai de la chance. Huit bobines circulent dans le pays. Généralement, ce ne sont que deux, voire quatre. C'est difficile d'exercer le septième art au Maroc. De 300 salles de cinéma, le pays est passé à 90 écrans avec un public rare. Et voilà que les islamistes s'invitent pour tuer la fiction marocaine !

    La polémique a-t-elle servi le succès du film ?

    Les attaques sont tellement dures et peu constructives que cela fait peur pour la sécurité des actrices et de ceux qui ont contribué au film.

    Psychologiquement, c'est difficile de faire face à la fatwa des intégristes qui veulent faire passer tous ceux qui ne pensent pas comme eux pour de mauvais musulmans, au service des ennemis de l'islam. Il y a aussi la peur des fous. 

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    Jamila Abitar, mardi 22 décembre 2009 - 04:50 EST Report this comment
    Le voile

    La démocratie : ces mots qui nous font tant parler par Jamila Abitar poète née à Marrakech et auteur chez les Editions L'Harmattan - Paris.

    Il s’agit de la démocratie. Un terme bien galvaudé, servi à toutes les sauces, gavé de surcharges sémantiques et autres omissions ou dérives pathologiques, voire politiciennes, médiatiques ou procédant du phénomène de mode, du marketing du verbe.

    Un figurant ne se voilait pas la face, il figurait. L’ordre des choses voulait faire bonne figure. Atténuer ses imperfections et tendre vers un idéal : il s’agit de la démocratie. Un terme bien galvaudé, servi à toutes les sauces, gavé de surcharges sémantiques et autres omissions ou dérives pathologiques, voire politiciennes, médiatiques ou procédant du phénomène de mode, du marketing du verbe, du prêt à porter où, de haute couture, la démocratie, bien que malmenée, est, semble-t-il, et sous toutes réserves, celle qui vous permet de vivre en paix, de vous nourrir, de vous distraire, et de vous habiller comme vous le désirez. Or, au pays de Marianne, combien même celle-ci porte une toque sur la tête, il est, pour ainsi dire, défendu aux femmes chrétiennes, juives et musulmanes de porter quelque chose sur la tête sous peine d’être accusée de terrorisme. Pourtant, l’habit ne fait pas le moine.

    Est-ce cela la liberté, l’utopie, la démocratie de l’amalgame ? Je vous l’accorde, les femmes voilées ou semi-voilées, comme bon vous semble, n’ont guère de temps à perdre dans la consommation facile de feuillets et de magazines qui offrent dés l’adolescence, strings et strass en dépit d’une perte d’identité irréversible dû au clonage de la mode érigée en réflexe d’achat, en uniformité, en mode de non-pensée et en catharsis globale : nous sommes tous formatés pour utiliser le même système d’exploitation, mais, il faut le dire, les logiciels open et en licence libre sont tout de même une belle invention, une éthique défendable, durable. L’alternative.
    Alors pour neutraliser ces femmes et leurs hommes que l’on fait venir d’ailleurs pour travailler dans un beau pays, on fait appel à la politique extérieure en désignant les plus mauvais exemples de ces gens voilés, l’hirsute, le menaçant, le ténébreux, l’indigène d’autrefois, le nègre postmoderne, l’exotique minimaliste du vingt et unième siècle qui doit se taire et faire le beau.
    Pourquoi ne pas parler des femmes ingénieurs, juges, enseignantes, chirurgiennes, pilotes de chasse, et autres lettrées et scientifiques de tout bord qui vivent en harmonie avec elles-mêmes ? A l’avant-garde et souveraines. L’image est réaliste et valorisante, ce n’est pas le but du jeu truqué des yeux bandés.
    Savez-vous que le pourcentage de suicides, d’anxieux et de malades mentaux est bien plus important au pays de Marianne sous le dictat et l’emprise du psy, de l’anxiolytique et de l’obésité, qu’au pays des anciennes dynasties. Regardons prés de nous un pays ami de la France, les femmes y vivent dans l’apparence qu’elles ont choisie et non pas revêtue de l’aspect correct de la couleur en vitrine cette saison, par un souci commercial évident et imposé.
    Ce ne sont pas elles qui se font vomir pour ressembler à des mannequins, ce ne sont point non plus elles qui se ruent sur les médicaments de toutes sortes pour le corps, le mental et l’on ne sait quoi encore.
    Leurs remèdes se trouvent dans la nature, l’amour des enfants, l’amour de son prochain : l’humanité, la culture, un patrimoine immatériel.

    L’industrie y perdrait beaucoup qui à elle seule, aurait produit de quoi faire mourir la terre entière, asphyxiée par les gaz à effet de serre. Hormis les artifices et autre opium du peuple planétaire, pourquoi ne pas parler du chômage, de la précarité, des personnes âgées, du logement, enfin si tout cela intéresse le polémiste.

    Savez-vous qu’il existe des régions où ce sont les hommes qui se voilent et non les femmes, paradoxe qui pourrait vous surprendre et qu’il faut taire ou réduire au folklore. Mais il existe et nomade, c’est lui qui est en mouvement perpétuel. Le marcheur. Et si l’on ne voit pas l’arc-en-ciel un confident, nous soufflera à l’oreille les couleurs de la phrase magique. On les appelle les hommes libres et ils sont voilés. La constellation du sud illumine dans leur cœur l’univers.

    La vraie question n’est-elle pas :

    As-tu mangé ?
    As-tu un toit ?
    Es-tu soigné ?
    As-tu une activité dans ce bas monde ?

    Ainsi lorsqu’un touareg rencontre un touareg, après les salamalecs, la première chose qu’il fait c’est demander des nouvelles des plus pauvres, des moins favorisés, des gens simples.

    Ailleurs, la mode est au foulard autour du cou, un turban, en quelque sorte, un chèche saharien, un cache-nez : la démocratie des uns ou celle des autres accepte-t-elle que l’on se cache le nez ? Oui, à chacun son cache-nez rouge pour les communistes ou socialistes, noir pour les anarchisants, blancs pour plus de lumière, vert pour l’écolo et pour l’espoir, un cache-nez à l’autel de la diversité : mais déjà, l’homme moderne fait disparaître à jamais nombre d’espèces vivantes appauvrissant ainsi son patrimoine génétique et la biodiversité de notre planète. A se cacher ostensiblement le nez on ne risque pas de voir le bout du nez mais il en est au nez dévoilé pour se prendre pour le nombril du monde.
    Je terminerai par l’évocation d’un grand philosophe qui serait aujourd’hui bien en mal de pensée, Pascal, qui constata « grandeur de Dieu » et « misère de l’homme ». Se doutait-il que celles-là qui « risquent la peine de mort » serait exécutées par les armes et les virus exportés par les plus démocrates des bien-pensants qui équipent leurs tyrans.

    Marianne et son couvre-chef vous dit « et toc ! » et cela vaut mieux que d’être à toc-toc devant les portes fermées des maisons qui manquent d’air. La démocratie : c’est aussi, ennemis de l’équivoque et de l’ambiguïté, l’ouverture envers les autres et la tolérance de celui qui n’est pas exactement notre copie conforme.
    Au lieu de plonger dans l’anxiété et de se laisser dominer par la méfiance, approchons la pédagogie et l’exigence de clarté. Il faut sortir de son petit trou, mettre les voiles : voyager, être nomade.

    Jamila Abitar