Politique
Pourquoi la Corée du Nord a pratiqué un nouvel essai nucléaire
Cet essai, d'une puissance légèrement supérieure à celui d'octobre 2006, a confirmé les capacités atomiques de la RPDC qui entend être traitée comme une puissance nucléaire au même titre que l'Inde ou le Pakistan.
Souvent qualifiée d'"imprévisible", le régime a surpris par sa rapidité à réagir à la condamnation, en avril, par le Conseil de sécurité de son tir d'une fusée (lanceur de satellite ou missile expérimental ?). Mais il n'a fait que ce qu'il avait averti qu'il ferait s'il était l'objet de sanctions.
STRATÉGIE À LONG TERME
Au-delà de la "réponse" de Pyongyang à cette nouvelle mise au banc des Nations, l'essai nucléaire se situe dans sa stratégie à long terme depuis la fin des années 1980 : se doter d'une arme de dissuasion afin de négocier en position de force avec les Etats-Unis un traité de paix (seul un armistice a mis fin à la guerre de Corée en 1953), des garanties de sécurité et une aide économique.
Le régime est prêt à négocier dans le cadre d'une stabilisation globale de la péninsule mais se cabre s'il est exigé de sa part un désarmement unilatéral.
La montée aux créneaux de Pyongyang a-t-elle un arrière-plan interne ? Accélérer un déblocage des négociations avec les Etats-Unis alors qu'un accident vasculaire, à l'été 2008, a affaibli le dirigeant Kim Jong-il et que se mettrait en place un processus de succession ? En tout état de cause, l'essai est un message à Washington.
A la suite de l'accord de février 2007 dans le cadre des négociations à Six (Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie) des progrès avaient été accomplis : désactivation et début de démantèlement de la centrale de Yongbyon; suppression par Washington de la RPDC de la liste des pays soutenant le terrorisme. Puis, le processus s'est enlisé. Les Etats-Unis exigeant des mesures de vérification du démantèlement qui, selon Pyongyang, vont au-delà des termes de l'accord.
Depuis son arrivée au pouvoir, Barack Obama n'a fait aucune proposition nouvelle sur la Corée. Pyongyang s'impatiente, dénonçant la "politique hostile" de la nouvelle administration américaine.
La marge de réponse des Etats-Unis et de leurs alliés à la nouvelle provocation nord-coréenne est limitée. Une intervention militaire paraît exclue : intolérable pour la Chine. Dans l'affaire coréenne, Pékin a une préoccupation, celle de ne pas déstabiliser la RPDC. A l'extrême, le régime lui est indifférent du moment qu'il ne compromet pas ses intérêts : ne pas avoir de troupes américaines à sa frontière – ce qui serait le cas si la péninsule était réunifiée.
Une condamnation diplomatique n'a aucun effet sur Pyongyang. Des sanctions ? Elles affectent une population qui souffre déjà suffisamment plus que le régime lui-même et elles ne sont efficaces que si elles sont unanimes. Or la Chine (avec laquelle la RPDC effectue 70 % de ses échanges) les applique de "manière mesurée". Seule une approche flexible, donnant-donnant, permettra d'enrayer l'engrenage actuel.
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