Société
"L'addiction aux jeux vidéo est rare"
Vous considérez que les jeux vidéo comportent des aspects positifs. Quels sont-ils ?
Comme tous les jeux, ils suscitent du plaisir, celui de remporter des épreuves, de découvrir des univers esthétiques et de mettre les joueurs en compétition. Ils permettent aux enfants d'exprimer symboliquement leur agressivité, de mettre en scène leurs angoisses d'abandon, de mort ou encore d'enfermement, de se familiariser avec elles et de les dépasser.
Grâce à leurs avatars - les personnages qui les représentent dans le jeu -, enfants et adolescents peuvent aussi mettre en scène leur conflit conscient ou inconscient avec leurs proches, parents, fratrie, personnages de la saga familiale qu'ils n'ont pas forcément connus, ainsi que les histoires d'amour dont ils rêvent. C'est une manière de prendre du recul sur leur monde intérieur en le rendant visible. Ils peuvent, davantage que par le cinéma ou la télévision, être spectateur de leurs propres représentations et vivre des aventures ou créer des espaces au plus près de ce qu'ils ont en tête. Ces jeux présentent également l'avantage de favoriser la communication et la socialisation, principalement avec les jeux en réseau. Pour avancer, il faut faire des alliances, agir en équipe.
L'usage des jeux vidéo peut-il aider les enfants à passer la fameuse crise d'adolescence ?
Les adolescents ont besoin de rituels initiatiques pour entrer dans le monde adulte or ceux-ci ont quasiment disparu. Les jeux vidéo présentent l'avantage de créer de nouveaux rituels d'image. Ces rituels de passage d'un niveau à un autre suscitent une reconnaissance de la part des autres joueurs mais devraient être davantage reconnus par les adultes.
Ce sont également des espaces très gratifiants qui peuvent renforcer l'estime de soi. A force de persévérance, il est toujours possible de devenir performant. Mais cet aspect gratifiant est à double tranchant, car il risque d'attacher les jeunes aux jeux vidéo.
Au-delà de ces aspects positifs, quels sont les risques que présentent ces jeux ?
Il faut dire aux parents de ne pas paniquer. Beaucoup sont terrifiés par la violence de certains jeux. Mais rien ne montre à ce jour qu'elle soit plus problématique que celle véhiculée par la télévision ou le cinéma. En revanche, les parents doivent être attentifs aux normes. Le système de classification par âge PEGI (Pan European Game Information, système européen d'information sur les jeux) leur permet de prendre des décisions éclairées lors de l'achat de jeux vidéo.
Je vois beaucoup d'enfants de 12-13 ans jouer à Grand Theft Auto réservé aux 18 ans et plus. C'est un vrai problème. Quant au risque de repli sur soi des joueurs, souvent mis en avant par les parents, il ne faut pas confondre la cause et la conséquence. C'est parce qu'ils éprouvent le besoin de se replier sur eux-mêmes que les jeunes sont conduits à jouer de manière excessive. Il faut s'interroger sur les raisons qui les poussent à de tels comportements. Je vois beaucoup de jeunes jouer à l'excès à l'occasion de la séparation de leurs parents ou à la survenue d'un décès, voire pour trouver un refuge face à une maltraitance scolaire.
On parle beaucoup d'addiction aux jeux vidéo. Est-ce justifié ?
Je préfère parler de joueur excessif que d'addiction. L'addiction aux jeux vidéo est un phénomène rare. Il concerne surtout les jeunes adultes. Il faut éviter de coller l'étiquette "addiction" à un ado. A l'adolescence, tout est flottant, rien n'est jamais fixé. Il n'est pas rare de voir des joueurs très excessifs en troisième et seconde qui ne le sont plus en première ou en terminale.
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