Société
La paix est-elle une gageure en RCA?
Ce sentiment est motivé par la lassitude d’une population qui, depuis une vingtaine d’années, vit la psychose d’affrontements divers, de crises récurrentes qui mettent à mal la paix, la sécurité et la quiétude des populations. Depuis 1996, il ne se passe plus de mois ou d’années, sans l’annonce d’une attaque ou actes de violence qui perturbent la tranquillité des populations.
Des populations terrorisées de plus en plus méfiantes
Les embryons de ces actes ont d’abord commencé vers les années 80 avec l’apparition des coupeurs de route communément appelés « zaraguinas ». Les initiateurs de cette pratique étaient, au départ, des éleveurs Mbororo qui opéraient avec des armes rudimentaires (arcs et flèches) pour intimider les usagers de la route qu’ils arrivaient à dépouiller de leurs biens. Après des attaques foudroyantes des forces de défense et de sécurités, le phénomène avait tendance à s’atténuer. En 1982, naquirent les commandos mandos Mbakara ou « Codo Mbakara à l’instar des « codos » du Tchad. C’était déjà le début d’une rébellion qui sévissait dans la région de Paoua et qui s’était illustrée par l’attaque de la Socada de Pendé.
L’insécurité a commencé à gagner toute la région et s’est propagée dans la Préfecture de l’Ouham Pendé où la circulation devenait de plus en plus difficile. Les différents mouvements de rébellion, nés au Sud du Tchad (Moise Kette, Laokin Barde) ont contribué à la prolifération des armes de part et d’autre de la frontière entre le Tchad et la République Centrafricaine.
Les troupes gouvernementales centrafricaines se sont déployées en nombre suffisant afin d’enrayer l’insécurité. Les opérations émaillées de beaucoup d’incidents (exécutions sommaires, incendies des villages) n’ont fait que terroriser les populations devenues de plus en plus méfiantes et inquiètes. La situation a commencé à s’atténuer avec les arrestations des chefs historiques du mouvement « Codo –Mbaraka », (Débat-Denangari) et l’exécution sommaire des autres (Les frères Robert). L’élan des Codo Mbakara a commencé à fléchir avec les négociations ouvertes par les dirigeants de l’époque.
Des groupes armés de plus en plus organisés
La disparition des Codo Mbakara a fait place aux coupeurs de route qui sont dorénavant équipés d’armes de plus en plus sophistiquées (AK 47, AA52, PM MAT 46, MAT 49 et même des lances-roquettes anti-char RPG 7). Les groupes de coupeurs de routes se sont multipliés et se sont disséminés à travers presque tout le territoire centrafricain,, allant parfois même jusqu’à défier les forces de défense et de sécurité. Dans les régions du nord-est, ce sont surtout des braconniers, venant des pays voisins, qui écriment les parcs zoologiques très prisés à la recherche de tropiphées qu’ils revendent ensuite dans les pays du Golfe et en Asie. Les zones diamantifères, à l’époque très calmes, ont commencé elles aussi à connaître l’inquiétude par des groupes armés de plus en plus organisés en bandes criminelles. Les zones d’élevage connaissent leurs premiers otages contre des rançons de plus en plus fortes.
Les forces de défense et de sécurité, parfois en nombre insuffisant et souvent mal équipées, n’ont pour seul atout que leur bravoure et leur nationalisme. A l’approche des élections de 1992, avortées, et de 1993, Ange-Félix Patassé lance un véritable défi aux coupeurs de route. Il déclare même qu’il connaît leurs origines et ne tardera pas à mettre fin à leurs nuisances dès qu’il sera au pouvoir.
Patassé élu en 1993, tout le monde l’attendait dans la pacification du territoire qui devait être débarrassé des coupeurs de route. La réalité du pouvoir se présenta autrement. Comme pour défier un pouvoir qui s’était juré de mettre fin à leurs acteurs, les actions des coupeurs de route redoublèrent d’intensité. Pantois, le pouvoir de Patassé ne put rien faire et l’insécurité gagnait tout le pays.
Une épreuve de force entre Patassé et Bozizé
Le 28 mai 2001, le pays fut mis à rude épreuve par la tentative avortée d’un coup d’état réclamée par André Kolingba. Une véritable chasse aux sorcières s’organisa contre ses partisans et ceux de sa tribu. C’est en masse que les Centrafricains furent poussés vers la route de l’exil en République Démocratique du Congo et au Congo (Brazzaville). Cette parenthèse n’était pas encore fermée quand, en novembre 2001, fut déclenchée l’affaire Bozizé. Ange-Félix Patassé, voulant faire arrêter son chef d’état-major, envoya ses sbires. Ces derniers, confrontés en une vive résistance par les partisans du général Bozizé, se replièrent. Profitant du répit, le général François Bozizé et ses hommes décidèrent de regagner le maquis. Ainsi commença une épreuve de force entre le président Ange-Félix Patassé et son ancien chef d’état- major. Le général François Bozizé déclara une guerre ouverte au régime de Patassé, qu’il jura de renverser. La rébellion basée à la frontière entre le Tchad et la RCA, opéra d’abord par une stratégie d’encerclement afin d’étouffer la capitale, puis lança une attaque surprise sur Bangui le 25 octobre 2002, soit près d’un an après que le général Bozizé ait regagné le maquis.
Une euphorie de courte durée
Patassé, submergé, fit appel de nouveau aux banyamulengué de Jean-Pierre Bemba. Les mercenaires du Mouvement de Libération du Congo, n’étant pas des enfants de cœur, se retournent contre les populations civiles alors que les éléments du général Bozizé s’étaient déjà retirés de la ville. Les Banyamulengé, appuyés par les éléments d’Abdoulaye Miskine, se mirent à la poursuite des rebelles dans la Kémo, dans l’Ouham et l’Ouham Pendé. S’étant préparés après leur repli, les rebelles déclenchèrent une offensive en faisant tomber un à un les verrous -Bossembelé, Damara-. Bangui était à portée de main et la capitale fut occupée le samedi 15 Mars 2003 dans l’après midi pendant que Patassé était à Niamey à un sommet de la CEN-SAD. Son avion, à son retour, ne put atterrir. Patassé prit le chemin de l’exil. Patassé parti, les banyamulengué chassés, l’espoir de retrouver la paix revint. Mais l’euphorie ne fut que de courte durée, puisqu’en avril 2004, une mutinerie éclata aux alentours du PK 11, résidence officielle du Chef de l’Etat. Pour les raisons dont eux seuls détiennent le secret, certains « patriotes » se mirent à réclamer bruyamment le règlement des promesses qui leur avaient été faites. L’affaire fut réglée de la manière forte et certains ex-compagnons de lutte du général François Bozizé furent renvoyés au Tchad. Mais avant que ce problème n’éclate, certains anciens de la garde présidentielle et la SCPS,qui étaient partis au renversement de Patassé ne cessaient de perturber la tranquillité des populations, surtout dans l’Ouham Pendé.
L’abcès fut percé
Le rapatriement au Tchad des ex-patriotes n’a pas cessé de créer une situation qui allait s’aggraver de jour en jour. Abdoulaye Miskine, entre temps promu général par Ange Félix Patassé, de son exil du Togo, prit la tête d’un mouvement de rébellion, le Front Démocratique du Peuple Centrafricain, qui a lancé son activisme dans la région de Kabo ou serait natif Abdoulaye Miskine et dans la Moyenne Sido. Le FDPC étendit ses actions jusque dans la Nana Gribizi. Dans la région de Paoua, l’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD) fit son apparition.
Le mouvement prit rapidement de l’ampleur en opérant ses recrutements parmi les jeunes désoeuvrés qui se sentaient abandonnés et marginalisés par le gouvernement. Ce n’est que plus tard qu’apparaîtra le nom de son véritable chef, Laurent Djim Wei. L’Union des Forces Républicaines de Florian Ndjadder Bedaya, ne commença sa rébellion qu’à travers des tracts et communiqués de presse. La véritable situation d’insécurité ne fit son apparition que lors de l’attaque de Paoua du 29 janvier 2006. La réplique foudroyante des forces de défense et de sécurité perça l’abcès d’une situation qui couvait jusque-là sous la cendre. Aux différentes escarmouches des rebelles, les forces gouvernementales ne croisaient pas les bras. Villages incendiés, greniers brûlés et la chasse à l’homme obligèrent les populations à prendre le chemin de la brousse où la vie n’est pas du tout rose. La Vakaga, jusque-là épargnée par l’activisme des groupes rebelles, a été secouée le 10 octobre 2006 par l’attaque de Birao. Cette attaque a eu lieu juste après la création de l’UFDR par Michel Am Ndroko Djotodia, le Commandant Justin Hassan et Abakar Sabone. Après la tentative avortée des 3 et mars 2006, la situation sécuritaire du pays devenait inquiétante.
La naissance des nébuleuses complique l’équation
Les accords parcellaires de février 2007 avec le FDPC et d’avril 2007, ont quelque peu apaisé la situation; mais elle demeurait précaire. L’APRD, refusant un accord, demeurait une préoccupation pour le gouvernement. Le 9 mai 2008, l’APRD, ayant dorénavant une branche politique, s’engagea dans une logique de paix. Mais le premier mouvement à avoir signé un accord de paix s’est exclu de l’accord de paix global. C’était une épine dans les pieds du gouvernement.
Ainsi tant bien que mal, on s’achemina vers la tenue du Dialogue politique inclusif. Les principaux groupes rebelles ont mis un bémol à leurs actions, mais le FDPC ne se sentant pas concerné par l’Accord global de Libreville du 21 juin 2008, a poursuivi ses actions (novembre 2008). Une nébuleuse, la FURCA (Force d’Unification de la République Centrafricaine) fait son apparition à Sam Ouandja et attaque la ville d’Am Dafock (Centrafrique). Camp Noir après des affrontements aux environs de Bria, se déplace et déclenche des hostilités dans le Bamingui. La Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP) surprend par ses communiqués incendiaires et réclame l’attaque de Bossémbélé.
Si les autorités croyaient que c’était une nébuleuse, mais, lorsque la CPJP a porté Charles Massi à la présidence du mouvement, le gouvernement l’a dorénavant dans son collimateur. Ajoutée à cette inquiétude et cette confusion, l’attaque de Batangafo, signée du FDPC d’Abdoulaye Miskine. La paix semble se construire au jour le jour, surtout après le dialogue politique, considéré à l’époque comme une panacée. Le processus du DDR se met en marche alors que des groupes, jusque-là inconnus, se posent en adversaires de la paix en s’attaquant aux Institutions de la République, à d’autres groupes ayant pactisé avec le gouvernement, aux honnêtes et paisibles citoyens ou s’en prennent aux humanitaires; ce qui est le comble de la bêtise humaine.
Emaillée de mutineries, de coups d’Etat et de rébellions, l’histoire de la République Centrafricaine est loin d’être apaisée. La paix en Centrafrique verra-t-elle le bout du tunnel, ou cette paix n’est qu’une gageure?
Dinawade Mokambo Junior
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