Politique
Iran : Moussavi réclame l'annulation du scrutin
La tension politique s'est accrue dimanche en Iran. Après les heurts de la veille, la police a annoncé avoir procédé à 170 arrestations, dont au moins 70 «organisateurs». Certaines personnes arrêtées seraient des responsables réformateurs, partisans de l'ancien premier ministre et candidat maleureux, Mir Hossein Moussavi. Pour la deuxième journée consécutive, des protestataires ont allumé des feux et brisé des vitrines dans les rues de Téhéran pour contester la réélection annoncée de Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays. Les heurts ont entraîné le déploiement d'escadrons anti-émeutes et l'intervention de policiers dans la capitale.
Mir Hossein Moussavi a adressé dimanche une lettre au Conseil des gardiens de la Révolution, réclamant l'annulation du scrutin en raison d'une «fraude évidente», et rencontré le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, pour en parler. Selon un proche du réformateur, Moussavi a demandé à l'ayatollah d'ordonner l'annulation du scrutin. Le candidat réformateur a aussi exhorté ses partisans à poursuivre leur opposition «civile et légale», de façon pacifique, contre les résultats officiels.
Alors que plusieurs dirigeants étrangers se sont ouvertement interrogés sur les résultats du vote, Mahmoud Ahmadinejad les a contrés dimanche lors d'une conférence de presse, la première depuis l'annonce de sa victoire. «En Iran, l'élection était une élection réelle et libre», a-t-il dit, en accusant les médias étrangers de lancer une «guerre psychologique» contre son pays. Les autorités iraniennes ont demandé à certains journalistes étrangers - présents en Iran pour la couverture de la présidentielle - à se préparer à quitter le pays. Le groupe de radio-télévision britannique BBC a indiqué dimanche que les satellites diffusant ses programmes au Proche-Orient et en Europe étaient la cible d'un brouillage important «en provenance d'Iran». Le directeur de BBC World Service a par ailleurs indiqué que le correspondant de la chaîne à Téhéran ainsi que son caméraman avaient été brièvement arrêtés et que des médias avaient fait l'objet de pression pour ne pas envoyer vers l'étranger des images des manifestations dans les rues de la capitale iranienne. Deux journalistes de la télévision publique néeerlandaise ont également été arrêtés et sommés de quitter le pays.
Mahmoud Ahmadinejad a par ailleurs estimé dimanche que le niveau des violences qui ont éclaté à Téhéran après l'annonce de sa victoire n'était «pas important de (son) point de vue», le comparant à l'intensité relevée après un match de football.
«Mort au dictateur»
Si des dizaines de milliers de partisans du président sortant ont défilé dimanche dans la rue Vali Asr à Téhéran, agitant des drapeaux et criant son nom - là même où les partisans de Moussavi avaient organisé un immense rassemblement la semaine dernière -, des incidents se sont produits à moins de deux kilomètres du lieu de la conférence de presse d'Ahmadinejad. Des jeunes gens ont mis le feu à des poubelles, des banques et des pneus, provoquant l'intervention de policiers armés de matraques.
«Mort au dictateur», scandaient des groupes de jeunes Iraniens en ce deuxième jour d'incidents, les plus violents depuis les manifestations étudiantes de 1999. Dans plusieurs rues du centre de Téhéran, les protestataires ont brisé des vitres d'autobus et érigé des barricades de pneus enflammés. Des policiers anti-émeutes ont chargé certains manifestants, tandis que des cordons de dizaines de policiers derrière des boucliers ou à moto montaient la garde non loin. Commerces, bâtiments publics et bureaux ont fermé plus tôt, alors que la tension montait.
Selon les résultats officiels, Mahmoud Ahmadinejad l'a emporté par 62,6% des voix contre 33,7% pour son principal rival. L'ex-premier ministre Moussavi est lui arrivé deuxième avec 33,75% des suffrages. Mais il dénonce «vigoureusement les irrégularités visibles et nombreuses», affirmant que cela ne pouvait que «fragiliser le régime islamique et instaurer le mensonge et la tyrannie».
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